Le Cimetière de Prague, Umberto Eco

lecimetièredepragueUn roman historique sombre dans les coulisses du XIXe siècle, entre l’Italie et la France. Le personnage principal est un individu louche qui semble avoir perdu la mémoire : il nous narre ce dont il se souvient, espérant démêler le fil embrouillé de ses pensées. Elevé dans la haine (des juifs, des jésuites et des femmes notamment), il excelle dans l’art de la duplicité. Faussaire, barbouze, trafiquant, mêlé à de nombreuses affaires peu recommandables, magouilles politiques, assassinat, occultisme, qui ont réellement eu lieu.

Comme toujours avec Eco, à travers une histoire romanesque tout ce qui paraît de ludique, il est question du rapport entre le langage et le monde, l’inextricable écheveau qui se tisse entre croyances, vérité et jeux du pouvoir. La fiction donnée comme fictive nous transporte, nous fait rêver, nous procure plaisir : ce sont les grandes aventures d’Alexandre Dumas par exemple. Mais qu’un manipulateur parvienne à donner une fiction pour vraie, et les répercussions sont alors tout autre : de là, on peut instrumentaliser la peur et la haine, de là les outils de manipulation des masses. Le roman a la perfection d’un mécanisme d’horlogerie, à moins que ça ne soit celui d’une bombe qu’on désamorce, mais ne vendons pas la mèche.

C’est peut-être d’ailleurs une revanche provisoire de la fiction : d’une part, l’accession aux coulisses et aux égouts de l’Histoire, de là où le lecteur observera le processus de tromperie, permet de démystifier la mystification ; et d’autre part, l’humour contrebalance, sans toutefois le renverser, l’extrême pessimisme qui sous-tend le récit. Le personnage antipathique, bouffon, qui a tout de même pour lui un goût pour la gastronomie, finit par ressembler aux clichés xénophobes à cause desquels il dit détester les autres ; avare, fourbe, cynique, il complote à dénoncer de faux complots pour son simple profit. Un serpent qui se mord la queue. Le roman nous permet d’en rire, quand on devrait peut-être en frémir.

Le Cimetière de Prague, Umberto Eco, Ed. Le Livre de Poche, 570 pages.

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