Balise, Elizabeth Gueuret & Eric Le Brun

Balise S’il fallait tenter de présenter le leitmotiv des éditions Light Motiv, on parlerait peut-être d’une volonté de mise en lumière. Mettre en lumière, par un travail de photographie (souvent magnifique) et d’écriture (journalistique ou littéraire, suivant les ouvrages), de lieux et d’activités a priori mésestimés. La collection Long Cours s’intéresse aux métiers de la mer. A la plume sur tous les livres de la collection, la sociologue Elizabeth Gueuret fait oeuvre de pédagogie. A l’image, c’est chaque fois un photographe différent. Ici Eric Le Brun, le fondateur desdites éditions. Livres toujours courts, d’environ 70 pages, qui ne cherchent pas à épuiser leur sujet, mais plutôt à faire office de fenêtre ouverte sur des mondes peu connus.

Les balises, ce sont ces gros machins qui flottent sur l’eau et ces trucs, à terre, qui permettent aux navires de naviguer. Bref, pour nous terriens, des bidules. Pour les marins: des indications, des signes de ponctuation sur le texte de la mer en mouvement. Ce qui impliquent des baliseurs, marins spécialisés, qui se chargent de les disposer sur l’eau ou bien de les ramener au port pour réparation. Avec toute une technique et une logistique spécifiques.

D’un côté, le texte d’Elizabeth Gueuret, en phrases courtes, qui va à l’essentiel. D’une part, beaucoup d’informations, historiques et techniques et d’autre part, la parole laissée aux marins, qui expriment leur vision du métier. Et toujours des considérations sur l’évolution du travail : technologie qui progresse, métier qui devient précaire, problèmes économiques…

De l’autre, les photos d’Eric Le Brun, comme une bouffée d’air venant aérer le texte nécessaire mais dense. Ce qui frappe, c’est la polyvalence de son approche. Portraits et paysages, scènes d’attente et scènes d’action, natures mortes et détails. L’objectif tour à tour met en valeur les effets de symétrie et de volumes, les jeux de lumière et les textures. Il y a les photos évidentes : un phare pris de loin, sous un ciel gris, entre ligne d’horizon et verticalité, tout à sa pureté géométrique, ou encore cette balise flottant en contre-jour, derrière laquelle flamboie le miroir de la mer.

Mais il y en a d’autres : un simple porte-manteau, où dorment cirés usés et rouleaux de cordes, sous une lumière chaude, devient tout à coup un tableau évocateur. Dans une cabine, un marin dort : les hublots font comme des trouées de lumière dans l’ombre ; effet solennel. Une imposante chevelure d’acier, des câblages, glisse sur le pont. Les hommes, dans le feu de l’action, forment comme un ballet millimétré. La rouille grêlée, prise dans son détail, se mue en une peinture abstraite. Chaque fois, le regard s’arrête, écoute la mélodie de l’image.

On s’en souvient, Melville comparait les baleiniers à un ordre de chevalerie. Le travail réalisé dans Balise, sans complaisance romantique, parvient à révéler la part de noblesse d’un autre métier de mer.

Balise, Elizabeth Gueuret et Eric Le Brun, coll. Long Cours, Ed. Light Motiv, 68 pages.

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La chronique de Abord : ici.

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