Le Train de la Réalité, Roland C. Wagner

letraindelaréalitéOr donc, je le disais dans mon billet sur Rêves de Gloire, le Train de la Réalité est son complément. Pas vraiment un roman, plutôt une espèce de recueil de nouvelles, mais dont la trame est d’une étroite cohérence. La réalité objective est inatteignable, elle ne s’effleure qu’à travers une multiplicité d’opinions et de discours subjectifs parfois contradictoires. Toutes les deux nouvelles, un anonyme vient revendiquer l’attentat du Général De Gaulle. Différentes raisons à ce geste seront proposées, désoeuvrement, vengeance, action politique, jusqu’à l’évocation, lors du dernier texte, d’un possible paradoxe quantique… On ne saura jamais qui est le vrai coupable.

De l’autre côté, des confessions de gens qui sont montés dans le train de la petite ou de la grande Histoire. L’un a vu Sartre défoncé au LSD et n’a pas eu la même révélation philosophique que lui. L’autre a fait de l’activisme vautrien et paiera pour les actions de ses compagnons auxquelles elle n’a pas souscrit. Un autre encore, était un agent dormant des services secrets soviétiques, dont la vision du monde a peu à peu évolué. Toujours en filigrane cette réflexion sur ce que l’on croit connaître, la vérité et les univers de croyances. Un rockeur a joué dans le seul groupe de rock n’ roll algérois des sixties, mais comme ce groupe changeait à chaque fois de nom, les « spécialistes » qui se souviennent de l’époque soutiennent à tort qu’il y avait une cohorte de groupes : le paradoxe du multiple et de l’unité.

Jusqu’à la nouvelle la plus expérimentale d’un point de vue stylistique : un homme psychotique à l’identité morcelée, qui tantôt vit à la première personne, tantôt à la seconde, tantôt à la troisième ; tantôt au pluriel, tantôt au singulier ; tantôt au futur et tantôt au passé. Il est, en quelque sorte, une polyphonie à lui tout seul. Fou et incapable de prendre le train de la réalité, car saturé de points de vue. Sauf à la faveur des médicaments, qui atténueront sa (ses) personnalité(s) jusqu’à un informe « on » indéfini. Le paradoxe du multiple et de l’unité.

Et en bonus track, ce qui advint de Charles Manson dans un monde sans Beatles.

Le Train de la Réalité et les morts du général, Roland C. Wagner, Ed. l’Atalante, 193 pages.

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