Tous les Diamants du Ciel, Claro

tous-les-diamants-du-cielPar le passé, Claro nous avait déjà raconté la débandade d’un fou qui se shootait à Flaubert : Madman Bovary. Il remet le couvert et c’est Saint-Antoine ici qui prend cher, sous la houlette du LSD. Partant d’une anecdote réelle, l’Affaire du Pain Maudit qui en 1951 défraya la chronique, on suit les trajectoires d’Antoine Rossignol, au patronyme polysémique, apprenti boulanger, onaniste à ses heures perdues, tendu par un irrésistible appétit de mysticisme et de Lucy Diamond, au nom musical, une américaine paumée, tenue en laisse par la CIA, qui sera junkie et prostituée, hippie et femme au foyer, puis, en 1969, tenancière d’un sex-shop à Paris. Date et lieu où les deux personnages se rencontreront.

Claro, c’est la poésie acrobatique. Opiniâtrement, il sculpte ses phrases en évitant soigneusement les formules toutes faites et les expressions standardisées. Flaubert et Pynchon sur un ring se tabassant la gueule à coups de concombres phosphorescents. Il allume le feu grégeois, incante la violence, quête le vertige, même si en fin de compte, il s’agit de révéler, en employant la magie abrasive des mots, la face désenchantée de la lune, des apparences, du monde. Le retour à la réalité a d’ailleurs un goût de cendres. Pour le lecteur, cela peut sembler assez épuisant. Privé de platitudes et des lieux communs, il est constamment soumis à un effort participatif. Du coup, il redécouvre que le cerveau, en fait, est un muscle. Au début, c’est désagréable et puis on s’y fait. Peut-être même qu’au bout d’un moment, on prend son pied. Ou celui du voisin, pourvu qu’on ait une scie.

Les motifs s’entrelacent ou s’entrechoquent, religion, défonce, sexe et faux-semblants, tandis que les titres des chapitres, en acrostiche, susurrent le nom de la substance maudite. Les trips sont bien rendus, entre hyper-lucidité et délire psychédélique. Les pages consacrées à Lucy en mode junkie sont très noires et en même temps très belles. La complainte de la poupée gonflable abandonnée mériterait d’être étudiée dans tous les cours de littérature de collège. Un roman versicolore à fumer, à sniffer, à s’injecter dans les veines, bref, à tester.

Tous Les Diamants du Ciel, Claro, Ed. Actes Sud, 250 pages.

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