Roman avec Cocaïne, M. Aguéev

Roman avec CocaïneUnique roman d’un illustre inconnu, qui n’était ni Nabokov comme certains le suggérèrent, ni Pessoa comme personne n’osa jusqu’ici l’avancer, Roman avec Cocaïne exerce d’emblée une fascination sur son lecteur. L’histoire se déroule dans les années 1910 à Moscou. C’est la confession d’un jeune homme, très réfléchie, introspective, mais sans aucune complaisance. Ses années d’école, la quête charnelle des femmes, la découverte puis la perte d’un amour, et ensuite l’expérience de la drogue, qui n’arrive dans le livre que fort tard, avec en arrière plan, la guerre, puis la révolution.

Les phrases longues, quoique légères, qui scrutent les expériences sensibles et les analysent finement, appellent la comparaison avec Proust, mais l’on reconnaît aussi l’empreinte du grand roman russe, son goût pour la psychologie, son intérêt pour les passions et les addictions, son sens du drame et de la tragédie, sa réflexion morale sur le monde. Le nom de la femme, Sonia, ne nous renvoie-t-il pas à la fameuse héroïne de Dostoïevski? Le narrateur est fait de contradictions, tour à tour salaud et bonne âme, humain finalement. On apprend à le détester dès le premier chapitre, lui accorderons-nous  au bout du chemin notre pardon ?

Il y a quelque chose d’assez moderne dans les raisonnements avancés. La découverte que les femmes sont aussi des sujets pensants, pas juste des autres, mais aussi des « moi » colore le propos d’une touche féministe inattendue. Que le roman, initialement paru dans les années 30, ait fait scandale, ne nous étonnera pas : la drogue, avec son effet euphorisant qui décuple l’intellect, et son effet dépressif, qui survient ensuite lors de l’inévitable descente, sert à éclairer le paradoxe des idées : grandes, belles, humanistes dans la théorie, au contact corrodant de la réalité, elles se concrétisent souvent dans le sang, la violence et l’avilissement. Toute ressemblance avec certaines révolutions serait purement fortuite…

Un roman court, mais grand.

Roman avec Cocaïne, M. Aguéev, Ed. 10/18, 230 pages.

Publicités
Cet article, publié dans Littérature russe, Romans, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Roman avec Cocaïne, M. Aguéev

  1. Betty dit :

    Je vois que le roman t’a plu 😀 J’ai toujours une petite appréhension quand je conseille un livre ^^ J’aime beaucoup ton avis en tout cas : il rend justice à ce chef d’oeuvre.

Commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s